Cybersécurité
Courtiers en données : faire supprimer votre profil
Des sociétés revendent un profil sur vous sans que vous le sachiez. Voici comment le vérifier et comment exiger la suppression, gratuitement ou non.

Il existe un phénomène dont presque personne ne parle et qui concerne tout le monde : des sociétés dont vous n'avez jamais entendu parler détiennent un dossier sur vous et le revendent.
Le test qui met mal à l'aise
Avant toute explication, faites ceci.
Tapez votre nom et votre ville dans un moteur de recherche, entre guillemets. Regardez les annuaires en ligne qui remontent.
Si vous tombez sur des pages qui affichent votre âge, vos anciennes adresses, le nom de vos proches ou votre situation familiale, vous venez de rencontrer un courtier en données.
Ce qu'ils savent, et comment
Le métier consiste à agréger des sources légales et publiques :
- les registres publics et les annuaires
- les historiques d'achat revendus par des commerçants
- les données de navigation collectées par des traqueurs publicitaires
- les inscriptions à des services, des jeux-concours, des newsletters
- les listes revendues entre courtiers
Pris isolément, chaque élément est anodin. Recoupés, ils dressent un profil précis : identité, adresses successives, tranche d'âge, composition du foyer, profession, revenus estimés, centres d'intérêt.
Ce profil est ensuite vendu à des annonceurs, mais aussi parfois à des assureurs, des recruteurs ou des organismes de crédit.
Votre droit, et pourquoi il est difficile à exercer
Le RGPD vous donne un droit à l'effacement opposable à ces sociétés. Vous pouvez exiger la suppression de vos données, et elles disposent d'un mois pour s'exécuter.
Ce droit est réel, gratuit, et il fonctionne.
Le problème est arithmétique. Il faut :
- identifier chaque courtier, ce qui n'est pas simple puisqu'ils ne se font pas connaître
- trouver le formulaire de demande, souvent enfoui dans les mentions légales
- formuler la demande en citant la base légale
- suivre le délai d'un mois
- relancer en cas de silence
- recommencer quelques mois plus tard, parce que les bases se reconstituent
Multipliez par plusieurs centaines de sociétés. C'est là que le droit se heurte à la réalité.
La démarche à faire soi-même
Si vous voulez commencer sans rien payer, voici l'ordre le plus rentable.
Traitez d'abord les annuaires qui remontent sur votre nom. Ce sont eux qui exposent le plus. Chaque site a une procédure de retrait, cherchez les termes "suppression", "opposition" ou "retrait" dans son pied de page.
Demandez le déréférencement à Google pour les résultats les plus gênants. C'est un formulaire distinct, et cela n'efface pas la page : cela la retire des résultats sur votre nom.
Rédigez une demande type que vous réutiliserez. Mentionnez votre identité, l'article 17 du RGPD, et demandez confirmation écrite de la suppression.
Tenez un tableau des demandes envoyées, avec la date, pour pouvoir relancer.
L'alternative payante
Des services automatisent ces démarches. Incogni, édité par Surfshark, est le plus connu en France.
Le principe : vous signez un mandat, le service envoie les demandes, relance les retardataires et recommence périodiquement. Un tableau de bord montre l'état de chaque demande.
Est-ce que cela vaut le prix ? Ma réponse dépend du test du début de page. Si votre nom ressort dans des annuaires, l'utilité est immédiate et mesurable. Si vous ne trouvez rien, l'intérêt est préventif et plus discutable.
Mon analyse complète est dans l'avis sur Incogni.
Ce qu'aucun service ne peut faire
Il faut être clair, parce que beaucoup d'avis en ligne entretiennent la confusion.
Faire disparaître votre nom de Google. Un moteur indexe des pages. Si la page existe, elle reste indexable.
Effacer vos réseaux sociaux. Ce que vous avez publié relève de vos propres réglages.
Supprimer un article de presse. Le droit à l'effacement n'est pas un droit à la réécriture de l'histoire.
Limiter ce qui part à l'avenir
Faire supprimer traite le passé. Pour l'avenir, quelques gestes réduisent nettement la collecte :
- utiliser des adresses email jetables pour les inscriptions sans importance
- refuser les cookies non essentiels, même quand le bandeau rend le refus pénible
- ne pas remplir les jeux-concours et les formulaires de fidélité
- utiliser un VPN sur les réseaux que vous ne contrôlez pas
Le reste de la démarche est dans le guide cybersécurité.